Le Mur de L'Atlantique

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 La forteresse Atlantique part II, l'OT

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ORION

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MessageSujet: La forteresse Atlantique part II, l'OT   Dim 12 Avr 2015 - 17:43

Suite part I

L'Organisation Todt

Dans le courant des années trente, pour contrôler et exécuter les directives du gouvernement, deux organismes majeurs voient le jour, dont l'un va devenir une structure si imposante que son nom sera à jamais rattaché aux fortifications du Mur de l'Atlantique.
Le premier de ces organismes est créé en 1933 sous le nom d'Organisation des Autostrades, le second en 1938 sous la dénomination d'Organisation Todt (O.T.).
A la tête de ces deux organismes, le Docteur Fritz TODT, né à Pforzheim en 1891, général et technicien de son état. Il est chargé de la construction des autoroutes de 1933 à 1938, puis de la ligne Siegfried (Westwall, Mur de l'Ouest) le long de la frontière allemande de 1937 à 1940.
L'O.T. est une formation paramilitaire chargée de l'exécution en Allemagne et dans les territoires occupés, des travaux d'équipement et de fortification. Todt cumule trois fonctions, il est Ministre des Ponts-et-Chaussées, de l'approvisionnement de l'armée de terre en armements et en munitions, et commissaire général de la construction.
En février 1942, alors qu'il vient de rencontrer Hitler, l'appareil qui le ramène à Munich via Berlin s'écrase au sol. Todt décède dans l'accident et est aussitôt remplacé dans ses fonctions par Albert Speer.
Speer, dès sa prise de fonctions, apporte quelques modifications sensibles au sein de l'Organisation, comme la création de l'O.T. Zentrale de Berlin, qui dépend directement du ministère de l'armement et des munitions.
Avec l'ouverture du front de l'Ouest, l'O.T. Devient partie intégrante du personnel de l'Armée de Terre, et doit subir certaines contraintes liées à la vie militaire. Le port de l'uniforme et celui des armes sont parmi les nouvelles obligations de la Todt. Malgré ces exigences elle conserve sa liberté d'action et se lançe dans la réalisation de grandes entreprises, notamment en Norvège, Finlande, Allemagne et sur la côte méditerranéenne (Südwall). L'entreprise la plus importante à son actif est certainement la construction des bases sous-marines de l'Atlantique, et sa participation active à l'aménagement du littoral (Atlantikwall).
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Adolph Hitler et Fritz Todt en 1940 (DR)

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Fritz TODT (BA)

Avant de se lancer dans quelques chiffres, il est bon de rappeler les étapes successives de l'édification des blockhaus, simplement pour avoir une idée du travail réalisé par l'O.T..

Réalisations:

Tout ouvrage quel qu'il soit, demande d'être étudié avec autant de soins que possible. Un vaste chantier s'ouvre à l'emplacement désigné pour la construction d'une batterie et pelleteuses, excavatrices, engins de levage et bétonnières transforment le site en un amalgame de boue et de terre où se mèlent quantité d'individus.
Le volume et la forme des bunkers diffèrent d'un ouvrage à l'autre. Cet état de fait résulte d'un désaccord entre les militaires et les ingénieurs de l'Organisation. La standardisation des blocs est un système avantageux qui permets la fabrication en série d'éléments communs à tous les types de blockhaus (portes blindées, poutres de béton, poutrelles d'acier, armature métallique etc...). Du fait de cette standardisation, l'organisation des travaux et les délais de construction s'en trouvent simplifiés. Du point de vue des militaires, la réalisation  des ouvrages n'est rendue possible que si chaque bunker se trouve intégré à la configuration du terrain, ce qui reviens à dire que chaque blockhaus doit être différent de son voisin, et par conséquent de conception diversifiée puisqu'il ne s'intègre plus dans le même plan. Cela suppose des tracés, des plans et des moyens différents pour chaque ouvrage, d'où une durée des travaux beaucoup plus longue et des moyens logistiques plus importants. Le désaccord entre la technique de l'O.T. et la stratégie des militaires aboutit finalement à un compromis, et un semblant de standardisation offre certaines opportunités dans la conception des ouvrages. Il faut souligner que la tâche des ingénieurs militaires n'est pas facilitée par la variété des canons, leur calibre et le volume représenté. Néanmoins, l'O.T. conserve une part importante des travaux de standardisation, surtout dans la réalisation des tuyauteries, des circuits de ventilation, dans le réseau électrique d'éclairage et les circuits de chauffage.
L'Organisation ne peut couvrir à elle seule un front de 4500 km qui s'étend de Kirkenes à la frontière finno-norvégienne, jusqu'aux Pyrénées. La priorité couvre la défense des îles Anglo-Normandes, la Norvège, la zone Bordeaux-Brest et le secteur Seine-Escault. Les côtes de Bretagne et de Normandie ne figurent qu'en troisième position dans les directives. Une super-priorité est en outre accordée aux bases sous-marines.
La construction d'un blockhaus répond à des impératifs précis et s'établit suivant un ordre chronologique. Première étape, la fouille, puis réalisation du sousbassement, c'est à dire la fabrication d'une dalle de béton armé formant l'assise du bloc. Dans la plupart des cas, l'eau de mer étant impropre à la fabrication du béton, de l'eau douce est amenée dans de grandes citernes et stockée à proximité du lieu de travail. Le sable quant à lui, est prélevé dans les dunes avoisinantes. Dans cette dalle sont disposés et scellés les ferraillages. Autour, les échaffaudages s'élèvent de chaque côté des futures parois et on réalise le coffrage. Le béton est ensuite coulé par couches successives pour éviter la formation de poches d'air. Au fur et à mesure que s'élève l'édifice on dispose des moules en bois aux endroits recevant un appareillage spécifique (cuirassement, créneau de défense etc...). L'installation des canons est facilité par des crochets d'ancrage au plafond des chambres de tir, où par des portiques impressionnants dans le cas d'une pièce de très gros calibre. Souvent cette pièce est mise en batterie avant la réalisation de la casemate.
La dernière phase des travaux s'achève avec avec la conception de la dalle de couverture, et le décoffrage intervient dans les quelques jours suivant la finition.
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Albert SPEER en Finlande, 1944 (BA)

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Obstacles de plage en 1943 (BA)

Comportement d'une masse bétonnée à l'impact d'un projectile sur un bunker test:
Le béton armé étant la composante principale des ouvrages, des études approfondies furent réalisées sur sa capacité de résistance à l'impact d'un corps explosif.
A: Le pouvoir de pénétration d'un projectile occasionne la création d'un entonnoir au point d'impact.
B: L'explosion d'un obus de gros calibre a pour conséquence un soulèvement de l'armature métallique qui forme l'ossature du bloc test, et désagrège le béton sur une surface plus ou moins importante.
C: La poussée du projectile à l'impact soumet le béton à une force importante agissant sur le plan symétyrique de la dalle de couverture du bloc test, y créant une déformation temporaire ou un effet de flexibilité.
D: L'explosion d'un projectile entraîne des vibrations de la masse, provoquant des lézardes, des dislocations caractérisées par des excroissances à l'intérieur de l'édifice. Un plafond qui se lézarde n'est pas recommandé pour le moral de la troupe. Cet inconvénient est caché par la pose d'un revêtement métallique au plafond qui évite également la chute de débris.
E: Les murs latéraux étant vulnérables aux tirs tendus et la toiture aux tirs courbes, le potentiel de résistance est augmenté en recouvrant la construction d'une faible couche de terre, et les murs latéraux par un remblai de pierre et de rocaille. L'épaisseur des murs est calculé en fonction de l'objectif du bloc. Pour mémoire, les casemates des batteries Todt et Lindemann sont en protection A, c'est à dire avec des murs et une dalle de 3,50 m d'épaisseur, assurant une résistance suffisante à l'impact d'obus de 380 mm.
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L'OT au travail dans le nord de la France (BA)

Les chiffres:
9300 ouvrages garnissent les côtes. 12000 bunkers et une consommation mensuelle de béton de 600.000 m3 par mois (procès verbal des conférences d'Hitler des 13 et 15 mai 1943, point 14). Au total 13 millions de mètres cubes de béton pour la réalisation de l'Atlantikwall. L'édification de la base sous-marine de Lorient coûta 400 millions de D.M., soit 8 millions de francs de l'époque. 480.000 m3 furent nécessaires à la construction de la base sous-marine de St.Nazaire. Sur les côtes normandes les ouvrages engloutirent 1.300.000 m3 de béton.
Une telle quantité de béton et de canons mirent l'Allemagne à rude épreuve. De 1941 à 1943 les usines d'armement fournirent 11957 canons lourds antiaériens (88 à 128 mm), 12006 pièces antichars (calibre 75 et supérieur). On fabriqua 14 millions de projectiles de Flak (88 mm et supérieur), et 12.900.000 obus perforants antichars.
Pour respecter les délais fixés, l'O.T. Fait appel à des entreprises spécialisées, notamment celles qui ont participé à la conception de la ligne Siegfried. Le personnel est à la mesure de l'Organisation. Rien que pour la base sous-marine de St.Nazaire, 15000 ouvriers travaillent jour et nuit. A Lorient l'ingénieur Dorsch, bras droit d'Albert Speer, fait venir en France des travailleurs italiens, hongrois, tchécoslovaques, et utilise certaines entreprises françaises (15000 travailleurs pour la base de Kéroman).
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Préparation à l'installation d'une pièce d'artillerie sur la côte nord (BA)

Organisation de la Todt (simplification):
L'Organisation compte environ 300.000 personnes en France (1944) et est structurée et morcelée en divers groupements. La direction générale est sous le contrôle d'Albert Speer en 1941, secondé par le Ministerialrat Xavier Dorsch. Autour de ces deux hommes, un Etat-Major s'occupe des nombreuses tâches incombant à l'Organisation. Sur le front Ouest l'Etat-Major est situé à Paris (Einsatzgruppe West – Groupe d'Intervention Ouest) sous le commandement de l'Oberbaudirektor Weiss, ingénieur qui fut responsable de la réalisation des batteries lourdes du Pas-de-Calais.
Le littoral est divisé en 12 secteurs dénommés O.B.L. (Directions Supérieures des Constructions). Chaque OBL (Oberbauleitung) supervisée par un ingénieur, est subdivisée en Bauleitungen (Direction des Constructions). Ces Bauleitungen (8 pour l'OBL Normandie) supervisent plusieurs chantiers à la fois (Baustellen).
Les unités de travail portent en règle générale la tenue brun-terre, bien que jusqu'à la fin de la guerre on trouve un peu partout des travailleurs en tenue civile. Elles sont protégées par des groupes de commandos (Schutzkommandos) pris parmi les travailleurs eux-mêmes pour former des détachements armés.
Le personnel est sélectionné suivant plusieurs catégories:
-Personnel organique,
-Personnel français,
-Personnel étranger, volontaires et enrôlés obligatoires.
L'Organisation dispose de tous les corps de métiers dont les plus significatifs sont:
-Service des statistiques,
-Contrats,
-Plans,
-Construction,
-Equipement,
-Direction générale,
-Transmissions,
-Subsistance,
-Fortification.
Corps spécialisés:
-Conducteurs,
-Administration,
-Personnel médical,
-Personnel de propagande (journalistes et photographes),
-Commandos de protection, etc...
Sur 300.000 personnes, 85000 sont français et 15000 allemands
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La grande plage de Dinard (St.Malo) et ses obstacles (US Army)

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Cherbourg 1944. Construction d'une casemate de type R669 inachevée (US Army)

A suivre.....Les évènements du 6 juin 44
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labrax

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MessageSujet: Re: La forteresse Atlantique part II, l'OT   Dim 12 Avr 2015 - 19:56

Merci Orion , c est encore du Top .
très belle documentation
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Bruno Stolle (Belfra)

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MessageSujet: Re: La forteresse Atlantique part II, l'OT   Dim 12 Avr 2015 - 20:42

Pas mieux ! je me régale à te lire Daniel Wink

Vivement la suite ppp


Quelques fois il vaut mieux fermer sa gueule et passer pour un con, plutôt que de l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet...
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TARTARIN

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MessageSujet: Re: La forteresse Atlantique part II, l'OT   Dim 12 Avr 2015 - 21:40

Bonsoir,

Merci et bravo pour ces posts !

TARTARIN


Peu importe que le chat soit rouge ou blanc, l'important c'est qu'il attrape les souris.
TENG XIAOPING
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MessageSujet: Re: La forteresse Atlantique part II, l'OT   Dim 12 Avr 2015 - 21:44

Excellent travail !!
Mais petite question à propos des 85000 ouvriers Français.
D'où viennent'ils ? Sont ils prisonniers ? Volontaires ? Réquisitionnés ?


[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] Alors que ... [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
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ORION

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MessageSujet: Re: La forteresse Atlantique part II, l'OT   Dim 12 Avr 2015 - 22:45

Les Français sont des requis au travail obligatoire, des volontaires, des prisonniers, des ouvriers d'entreprise (contrats avec l'OT) etc... L'OT payait des salaires assez importants. En 1940 le salaire mensuel était de 1200 francs de l'époque. Il passa à 4000 francs pour les manoeuvres utilisés au terrassement.
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MessageSujet: Re: La forteresse Atlantique part II, l'OT   

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