Le Mur de L'Atlantique

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 Déminage de l'île St.Michel, Lorient

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ORION

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MessageSujet: Déminage de l'île St.Michel, Lorient   Lun 27 Avr 2015 - 14:09

UNE HISTOIRE DE DEMINAGE
L'ILE ST.MICHEL A LORIENT

La petite île St.Michel est située au sud de Lorient, entre la rade de Port-Louis et celle de Pen-Mané, au centre d'un carré formé au nord-ouest par Lorient et sa base sous-marine, à l'est le village de Locmiquélic, au sud la citadelle de Port-Louis, et dans le sud-ouest la pointe de Kernevel que prolonge la station de Larmor-plage.
Merveilleusernent placé au coeur de ce dispositif, le petit rocher de granit commande l'accès de la rade et le débouché vers la haute mer, entre la "Basse de l'Amiral” et les "Roches de Toulhars", seul passage obligé pour les navires à destination de Lorient.
Au XVIIe siècle, il n'existe sur l'île qu'une petite chapelle et un prieuré qui dépendent de l'Oratoire de Nantes. La Marine prend possession des lieux en 1790 et y implante une batterie.
Quelques constructions sortent alors de terre, ce sont principalement des magasins réalisés par la Compagnie des Indes. 31 ans plus tard, la Marine cède à titre de prêt au Ministre de l'lntérieur la totalité de l'île. De 1821 à 1852 date à laquelle la Marine reprend ses droits, seul un lazaret sera construit.
C'est l'époque du partage du rocher en deux parties; la plus petite est dévolue à la "Guerre" et l'on y trouve alors une batterie (occupée par la Marine) de 27 canons tirant des boulets de 32 livres. La partie la plus importante, réservée à la Marine, possède plusieurs constructions dont une vaste poudrière pouvant accueillir 60.000 kg de poudre, des ateliers d'artifice, un local d'apprêté et divers magasins et soutes destinés aux matériels et à la confection des munitions. Cette partie comprend également une habitation occupée par un officier chargé de la surveillance de l'île. Le dépôt est finalement abandonné en 1920 et c'est la Pyrotechnie de Tréfaven qui utilise le site comme centre de stockage des munitions, sous le contrôle de deux militaires et un gardien civil. Le 20 juin 1940, l'armée allemande se présente devant la Préfecture de Lorient. L'arsenal est alors en effervescence car on y construit un grand croiseur, le "De Grasse", qui, malgré les longues années de guerre, sera finalement achevé à la fin des hostilités et portera les couleurs françaises sur toutes les mers du globe. Les Allemands investissent l'île St.Michel et bientôt, dans le cadre de la fortification Atlantique, y implantent des constructions bétonnées.  Ainsi, le rocher de granit se couvre bientôt de bunkers et de batteries, notamment un bloc à cloche blindée 6 embrasures et 7 constructions massives couvrant toute la côte alentour. Depuis 1945, St.Michel est devenu un site désaffecté recouvert d'une végétation dense, jusqu'au mois de décembre 1966 où le Club Nautique des Equipages de Lorient décide d'y implanter sa base. Une commission est alors nommée et c'est en février 1967 qu'elle se rend sur place pour évaluer les travaux à effectuer. Le rapport de la commission laisse quelque peu perplexe ceux qui envisageaient un aménagement rapide. Il faut en effet débroussailler et déminer une zone profonde de 100 mètres à partir de la pointe nord. Pendant trois mois, les équipes de démineurs s'activent sur le terrain et lorsque la commission se réunit à nouveau au mois de mai, 575 obus amorcés et engins divers ont déjà été trouvés. Avec l'aide de la Compagnie de protection, les travaux de déminage se poursuivent dans la partie nord, mais, devant le nombre important de matières dangereuses qui s'y trouvent, il est décidé d'étendre le déminage à toute l'île. En effet, obus et explosifs en tous genres sont disséminés sur plusieurs niveaux, aussi bien sur l'île elle-même qu'en bordure des falaises ou sur les grèves.
En juin, la DCAN (Direction des Chantiers et Armes Navales) informe le commandant de la Marine à Lorient des résultats de la prospection effectuée. Le danger que représente l'utilisation du site par des civils ou des militaires et le manque de sécurité dans un rayon assez conséquent autour de l'île, notamment pour le petit port de pêche Locmiquélic confortent les démineurs dans leurs soucis de préserver la vie des habitants proches de la zone sensible. Le 6 juillet 1967, le Major Général prend les mesures nécessaires pour interdire l'accès de l'île St.Michel. Des panneaux visibles à plus de 50 mètres et portant la mention "Terrain miné. Danger de mort. Défense de pénétrer" sont posés aux quatre points cardinaux du rocher.
Le 31 octobre, la partie nord est enfin déminée. C'est alors qu'interviennent plusieurs ouvriers de la ”Pyro" qui affirment qu'en 1943 et pendant une durée d'environ un mois, les Allemands ont procédé au noyage de grandes quantités de munitions dans la passe Est
de l'île.

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Le travail des démineurs. Une action liée aux difficultés rencontrées sur le terrain. Balisage et détecteur sont de rigueurs (SHM Lorient)

En novembre, la sécurité n'est toujours pas assurée dans la partie nord, car les travaux entrepris n'ont concerné qu'une couche superficielle de 30 cm. Il faudra dès lors attendre une note du 23 janvier 1969 pour qu'une prospection des fonds autour de l'îlot soit décidée et qu'elle révèle plus d'un millier d'obus de tous calibres dans sa partie sud, y compris des munitions découvertes dans deux chalands coulés non loin de l'appontement. Au début de juillet, 44 tonnes de munitions, soit 80% du chargement d'un chaland, sont récupérées. C'est à partir de janvier 1970 que l'île va subir un déminage complet de ses grèves et de la zone découverte entre les laisses des hautes et basses mers. C'est le départ de l'opération "DRAGON".
L'île St.Michel et ses grèves deviennent alors "zones interdites". Il est formellement interdit à toute personne (pêcheurs à pied, goêmonniers, etc...) de s'aventurer à proximité du site. La Gendarmerie Maritime assure la police. La nature du terrain ne favorise pas dans un premier temps le travail des ouvriers. La végétation est formée d'arbres, d'arbustes, de ronces, parfois d'une hauteur de plus de 2,50 m, de broussailles dans lesquelles sont plantées des barres de métal ou du grillage qu'il faut détruire avant de pouvoir intervenir en profondeur. Malgré un appareillage adapté à la configuration du terrain, le débroussaillage est effectué en deux temps; une première coupe de 10 à 15 cm du sol, puis une seconde au ras du sol. On découvre ainsi lors de la seconde coupe et après passage du détecteur, deux pétards Allemands à 1 kg amagnétiques (à triple amorçage) heureusement non amorcés.
Pour déminer, on délimite d'abord une zone en principe de forme rectangulaire à l'aide de piquets en bois et de cordes, puis le détecteur intervient. Si une masse métallique est repérée, c'est à l'artificier de fouiller le sol pour la dégager. L'engin est ensuite prélevé pour être neutralisé. Ce travail de titan est rendu difficile par l'intervention des Allemands en 1940, plus particulièrement pour la tranche des travaux de construction des bunkers. Chacun sait que lorsque l'on procède à des fouilles, le volume de terre dégagé doit être répartis sur la surface du sol alentour. Or ce volume par blockhaus était très important, d'où la nécessité à l'époque pour l'occupant de trouver la manière adéquat de répartir ces volumes uniformément sur le terrain pour l'adapter à la défense. On utilisa donc le volume des fouilles pour établir des remblais protecteurs là ou des ruines existaient, ce qui au moment du déminage causa quelques soucis, certains de ces remblais atteignant parfois plus de 3 mètres de hauteur, avec de temps à autre un mélange de ferraille, de briques, pierres, et blocs maçonnés pesant 250 à 300 kg. ll fallait donc les casser à la masse. Dans certains endroits, on trouva dans des remblais une masse importante de ferraille et d'engins. Ce fut le cas de buttes qui furent démolies près d'un blockhaus et dans lesquelles on trouva 13000 grenades à fusil et de nombreux projectiles amorcés. Près des maisons des gardiens, dans les jardins, des munitions de 138 mm furent découvertes.Plus loin, dans les réservoirs utilisés pour la récupération des eaux de pluie, dans les fosses communes, etc... quantité d'engins furent trouvés. On découvrit également des vestiges de voies Décauville, des essieux de wagonnets et des rails qui furent entreposés à proximité de l'appontement de l'ile. Certains morceaux trop volumineux sont découpés au
chalumeau. Dans la zone intermédiaire, l'épaisse couche de vase révéla jusqu'à 45 projectiles de 37 mm amorcés au mètre carré. Plus loin et à proximité de l'appontement, c'est 2000 obus de 90 mm qui firent les soins de l'équipe de déminage. Tous les engins récupérés sont classés en 3 groupes:
l)Munitions dangeureuses détruites par pétardement dans un ancien bunker,
2)Munitions à noyer en l'état,
3)Munitions sensibles, fusées détonateurs, etc...préparées en douilles de 105 mm SKC/32 et fermées hermétiquement par du ciment, noyées en zone intermédiaire.
Lorsque le stock atteint les 4 tonnes, on procéda au noyage complet de l'ensemble dans une fosse située au large de l'ile de Groix.
L'opération DRAGON dura 35 mois. Elle permit de garantir la sécurité des installations portuaires et des agglomérations voisines.
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En bordure des falaises, un stock de munitions récupéré et entreposé avant noyage (SHM Lorient)

ETAT RECAPITULATIF DES
ENGINS RECUPERES
Récupération en zone terrestre:
Années 1970, 197l, 1972, l973
Projectiles,
calibre 274 mm amorcés 5
calibre 194 mm amorcés 23
calibre 164 mm amorcés 79
calibre 152 mm amorcés 1
calibre 138 mm amorcés 242
calibre 130 mm amorcés 1
calibre 100 non amorcés 175
calibre 100 mm amorcés 40
calibre 90 non amorcés 115
calibre 75 non amorcés 63
calibre 75 mm amorcés 211
calibre 65 mm amorcés 31
calibre 47 mm amorcés 42
calibre 37 mm amorcés +900
20 et 40 mm Flak amorcés 185
cart. de 88 SKC/35 17
cart. de 75 Mle 22.24 4
cart. de 20 mm Flak 38 200
mortiers de 81 mm 13
grenades main/fusil  +/- 14000
fusées ogives et de culots 60000
pétards divers +10000
bombes incendiaires 69
cart. Éclairantes 150

Récupérés en zone intermédiaire:
Années 1970, 1971, 1972, 1973
Projectiles:
calibre 274 mm amorcés 1
calibre 194 mm amorcés 11
calibre 164 mm amorcés 39
calibre 152 mm amorcés 27
calibre 138 mm amorcés 169
calibre 130 mm amorcés 8
calibre 120 non amorcés 54
calibre 105 non amorcés 2
calibre 100 non amorcés 286
calibre 100 mm amorcés 3187
calibre 90 non amorcés 274
calibre 75 non amorcés 39
calibre 75 mm amorcés 75
calibre 65 mm amorcés 120
calibre 47 mm amorcés 33
calibre 37 mm amorcés 3879
20 et 40 mm Flak 15
cart. de 88 SKC/35 16
cart. de 75 Mle 22.24 73
grenades main et fusil 623
fusées ogives et de culots 1437
explosif en pain 460 kg
pétards divers 144
bombes incendiaires 26
cartouches éclairantes 285

Outre toutes ces munitions, plusieurs tonnes de projectiles divers furent mis à jour totalisant ainsi 460 kg d'explosif et 171896 engins. ll fallut attendre 1973 pour que ce petit
bout de rocher nous révèle sa véritable identité. Sous nos pieds se trouvait une gigantesque poudrière, ignorée et oubliée des hommes. Ces obus et explosifs dormaient bien sagement depuis 30 ans sans être inquiétés le moins du monde. Le danger est donc bien réel, nous en avons la preuve flagrante avec l'ile St.Michel. Mais cet exemple n'est pas unique, il est le résultat d'une guerre au cours de laquelle les hommes ont stocké toutes sortes d'engins meurtriers en prévision de...
Partout en France existent des caches et des munitions non explosées qui remontent avec le temps vers la surface, et il n'est pas rare d'entendre à la télévision ou dans les quotidiens des faits relatant telle ou telle découverte analogue. Pourtant, les promeneurs du dimanche continuent et continueront encore longtemps d'arpenter la lande et la dune en sachant parfois qu'ils foulent un sol truffé de pièges.
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Bruno Stolle (Belfra)

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MessageSujet: Re: Déminage de l'île St.Michel, Lorient   Lun 27 Avr 2015 - 15:09

Ah l’ilot St Michel... je le connais pour y avoir passé quelques nuits lorsque j'étais Fusilier Marin, il y avait (toujours je pense) un parcours dit "évasion" qui se pratiquait uniquement de nuit et où on nous mettait en tenue "plus que légère" (slip chaussettes uniquement) dans une baraque et dans laquelle tous nos treillis étaient entassés pêle mêle, il fallait trouver une veste, un froc et une paire de pataugas "à peu près à notre taille" parce que retrouver ses effets sans lumière c'est peine perdue et ensuite on nous accompagnait les yeux bandés deux par deux vers le départ du parcours, probablement le R622 qui se trouve au centre de l'ilot, et qui empruntait des blockhaus, buses enterrées etc... tantôt à l'intérieur, tantôt à l'extérieur sans lumière bien sûr et de préférence dans un silence absolu pour arriver au bout sans se faire gauler par la patrouille ddj

Je serai bien en peine de vous dire par où ça passe mais ce dont je me souviens bien c'est qu'à la sortie du 634 à cloche blindée à l'Ouest de l'ilot on longeait le bord de vers le nord jusqu'au R631 qui se trouve près de l'embarcadère, l'arrivée du parcours se trouvait à la sortie de ce bloc et on avait gagné le droit d'aller dormir si on s'était pas fait gaulés par la patrouille Very Happy


Quelques fois il vaut mieux fermer sa gueule et passer pour un con, plutôt que de l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet...
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ORION

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MessageSujet: Re: Déminage de l'île St.Michel, Lorient   Lun 27 Avr 2015 - 17:12

bqb
Hihi Bruno, que de souvenirs lrl
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MessageSujet: Re: Déminage de l'île St.Michel, Lorient   

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