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 Un vétéran anglais planqué depuis 22 ans dans un cimetière normand

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Tarnjacke

Tarnjacke

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MessageSujet: Un vétéran anglais planqué depuis 22 ans dans un cimetière normand   Un vétéran anglais planqué depuis 22 ans dans un cimetière normand EmptyLun 6 Juil 2020 - 19:02

Dan Robinson, vétéran britannique débarqué en Normandie en 1944, est enterré au cimetière militaire de Cambes-en-Plaine depuis plus de vingt ans. Sans pierre tombale, sans nom. Et sans autorisation.

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Il est là, sous le gazon. Divin, maudit. « Ici, il y a 224 tombes et 225 personnes. » Jean-Louis Letellier pointe du doigt un endroit où il n’y a rien, et se signe discrètement. « Dan Robinson est enterré juste là. » À droite, troisième allée en partant du fond, au bout des pierres tombales blanches. Mais ne cherchez pas son nom. Au cimetière de Cambes-en-Plaine, il n’en a pas. Planqué sans plaque dans le jardin anglais de l’Histoire. Sans tombe, parce que pas tombé au champ d’honneur.

Débarqué fin juin 1944 en Normandie avec la 59e Staffordshire Division, Dan Robinson, lad de la banlieue de Birmingham, réchappe aux tirs allemands lors de la terrible opération Charnwood (ou « Bois du charnier »…) qui a abouti à la libération d’une partie de Caen et de villages alentour. « Mon père m’a raconté qu’alors qu’il regardait les gamins de 18 ans autour de lui, il se sentait comme un vieil homme à 23 ans », se souvient son fils David Robinson, qui vit toujours en Angleterre.

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Daniel Robinson est mort à 77 ans. Il avait rejoint l’armée britannique à 19 ans. | DAVID ROBINSON
Touché par un éclat d’obus quelques mois plus tard à la frontière allemande, Dan rentre en Angleterre, passe des semaines à l’hôpital, reçoit la médaille militaire. Il se marie avec May, a quatre enfants, deux filles et deux garçons, et devient vendeur puis directeur de magasins. La vie passe comme ça. Une fois retraité, il entame un pèlerinage annuel en Normandie. En 1990, « ils ont tous débarqué chez nous », se rappelle Jean-Louis Letellier.

Intéressé par l’Histoire, insatiable curieux, le Normand né en 1951 « une fois la guerre terminée », vient alors de fonder l’Association des amis de Charnwood. « Dès le départ, on a décidé d’accueillir les vétérans dans des familles d’accueil plutôt qu’à l’hôtel. » Riche idée. Les années filent, les liens se tissent. Dan Robinson, le vétéran bardé de médailles devient un ami, « un père » pour Jean-Louis Letellier qui a perdu le sien trop tôt. David, le conscrit de l’autre rive, son « frère anglais ».

Enterré sans autorisation
La petite histoire née de la Grande était déjà belle. Elle devient extraordinaire quand en juin 1998, Dan Robinson s’éteint à 77 ans et que sa famille découvre son testament. Il veut être enterré au cimetière militaire de Cambes-en-Plaine. « J’ai vu mon père se tenir chaque été là-bas, devant ses camarades de la 59e tombés au combat : Jack, Tansie, Jimmy, Norman, Billy, Doc… détaille son fils. Pour lui, ça devait être un honneur de reposer aux côtés de ces hommes courageux. » « Il se dit aussi qu’il voulait plus particulièrement être là, à côté de l’un de ses amis, qui aurait dû être son témoin de mariage, souffle Jean-Louis Letellier. On ne sait pas vraiment. »

Ce qui est sûr, c’est que c’est à Cambes que Dan Robinson veut reposer pour toujours. Alors, David appelle Jean-Louis, qui contacte le maire du village d’alors, Charles Decaen. « Il me répond : « c’est impossible, il n’est pas mort pendant la guerre ! » » La famille du vétéran insiste. Jean-Louis Letellier et le maire ne lâchent pas l’affaire. « On a cherché des solutions pendant plusieurs mois, jusqu’à appeler l’ambassade. » Rien à faire. On ne badine pas avec la mort, dans les cimetières militaires.

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Le cimetière militaire britannique de Cambes-en-Plaine. | STÉPHANE GEUFROI
« Alors, quelques mois plus tard, j’ai convoqué toute la famille de Dan. Ils sont venus d’Angleterre avec l’urne. Moi j’ai pris ma brouette et… » Il s’arrête, étrangle un sanglot, jette un œil au portrait qu’il a pris avec lui pour la photo. « Je me vois encore faire le trou… » L’urne est déposée, le trou rebouché. Ni vu ni connu. « Avec la famille, le maire, on a gardé le secret depuis. Mais maintenant on peut le dire, personne n’oserait nous demander de faire marche arrière. »

Un secret de plus de vingt ans
Dan Robinson est bien là, au bout de l’allée, à veiller sur ses amis tombés si jeunes. Discrètement. « Oui, la tombe de mon père est anonyme, reconnaît David, mais il n’est pas un anonyme pour sa famille et nos amis de Normandie. »

Ce mardi 7 juillet, la cérémonie de la Libération des communes du nord de Caen, au cimetière de Cambes, aura un goût amer. Sans public, et, pour la première fois, sans David Robinson, coincé de l’autre côté de la Manche par ce foutu Covid. Jean-Louis Letellier, lui, sera là pour représenter les derniers combattants encore vivants et son père anglais. « Et, dans quelques mois, si tout va bien, David et sa femme Stephanie reviendront en Normandie pour se recueillir, poursuit Jean-Louis Letellier. Puis, on partira en vacances quelques jours ensemble. » En famille.
Ouest France.


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Deo Juvante
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